Revenir à un mode de vie ancestral, la réponse aux virus ? Un message de la Nation Navajo

Mis à jour : mars 25

Revenir à un mode de vie ancestral, la réponse au virus ?

Un article du Navajo Times par Rima Krisst

WINDOW ROCK, Nation Navajo, le 21 mars 2020

"Les Anciens nous disaient depuis longtemps que le Peuple Navajo doit constamment être conscient des changements qui vont influer sur notre façon de vivre,  et à partir de cela, équilibrer notre existence", a déclaré ce 21 mars l'ancien délégué  Navajo Jonathan Perry. Beaucoup ont peur que nous ne soyons pas responsables et ne respections pas les lois naturelles. Les Anciens disaient que quand que beaucoup ignorent ou oublient la loi fondamentale de notre monde, un déséquilibre se produit,  et afin de retrouver notre équilibre, des problèmes comme le coronavirus se produisent. Ils disent qu'en ce moment, renouer avec ses racines devient très important, tout comme les pratiques de  K'e ( la pratique de la communauté authentique) et T'áá hwó ají t'éego ( tu peux le faire - cela ne dépend que de toi) . En parlant avec des membres de la Nation Navajo au sujet de leurs préparatifs pour faire face à la pandémie de coronavirus, des facteurs communs sont apparus: la nécessité de revenir aux méthodes traditionnelles,  pour protéger les familles et les anciens, et prendre soin de notre Terre Mère. Beaucoup ont suggéré que c'était le moment de faire le plein du frigo, de rester à la maison et de se reposer, de réfléchir sur toutes ces connaissances et pratiques traditionnelles qui ont soutenu le Peuple Diné ( les Navajos) à travers d'innombrables menaces existentielles et périodes de difficultés.  A présent, il faut revenir aux modes traditionnels de subsistance et nous souvenir de qui nous sommes.

Clayson Benally - "Cette épidémie, c'est peut-être notre bouée de sauvetage en tant que Peuple Navajo".

"Cette année, nous sommes 102 ans après la pandémie de grippe espagnole de 1918. Ma famille ne serait pas ici aujourd'hui sans ma grand-mère Zonnie Benally", nous a déclaré Clayson Benallly.

Avant le déclenchement de la pandémie de 1918, Zonnie Benally, qui était une Femme Médecine et une diagnosticienne par la méthode de la "main tremblante",  reçut un avertissement sous la forme d'un signe. Alors qu'avec sa famille, elle était dans un campement pour accompagner les moutons, une des selles qu'ils avaient posées non loin des chevaux s'est mystérieusement enflammée, alors qu'elle n'était pas du tout proche du feu. Pour les Navajo, tout événement étrange ou inexplicable est un message du monde des Yei, les "Êtres Sacrés". La selle en feu, en conjonction avec des phénomènes étranges dans le ciel,  fut interprétée comme le signe d'une maladie grave qui allait arriver, une maladie qui serait en corrélation avec une pluie de météorites, une maladie qui produirait de la chaleur, de la fièvre - du "feu" dans le corps. L'interprétation ajoutait qu'il serait alors indiqué de manger de la viande de cheval. Bien que les Navajos ne soient de loin pas végétariens dans leur immense majorité, le cheval est respecté, en tant qu'animal sacré. Dans ces circonstances particulières, les chevaux offraient leur propre corps pour protéger et guérir les humains.

"Ils savaient que les chevaux leur donneraient la force nécessaire pour combattre la maladie et rester en bonne santé", a déclaré Clayson au Navajo Times.


Zonnie Benally et sa famille parcoururent alors toute la région, pour mettre tout le monde en garde contre cette maladie qui allait apparaître. Ils expliquaient les signes, le message des Êtres Sacrés , et donnaient des moyens de se protéger. Ils disaient à tous ceux qui voulaient bien les écouter  comment se préparer et à quoi s'attendre. Ils recommandaient de rester isolés,  loin des gens, de ne surtout pas sortir de la réserve ou aller dans les villes,  et de rester isolés pour plusieurs semaines, sauf pour sortir les moutons et les animaux. Ils conseillèrent de se laver les mains, de se purifier et de se nettoyer à fond.


"Tout le monde n'a pas écouté ma grand-mère Zonnie", a déclaré Clayson au Navajo Times. "Certains ne la croyaient pas, certains avaient des affaires à finir en ville. Après plusieurs semaines d'isolation, Zonnie alla rendre visite aux campements voisins. Tous ceux qui n'avaient pas suivi les conseils étaient morts.  Aujourd'hui, l'Organisation mondiale de la santé nous dit de nous préparer. Nous avons les informations à l'avance. C'est une bénédiction. Nous devons très certainement tenir compte de ces avertissements. »


( La pandémie de Grippe Espagnole de 1918 a tué plus de 80 millions de personnes dans le monde, soit environ 3 % de la population mondiale de cette époque. Apparue aux Etats-Unis, elle décima en premier les populations amérindiennes indigènes. On évalue que plus de la moitié des Navajos ont péri suite à cette épidémie de grippe. Ceux d'entre vous qui ont assisté aux sessions avec Cheval Communication se rappellent certainement de ces histoires racontées par Jones Benally).


Clayson disait aussi qu'il est étonnant que la recommandation de sa grand-mère, il y a plus d'un siècle, soit exactement la même que celle que l'OMS recommande maintenant - éviter tout contact avec les gens et rester isolé. Et ce faisant, les gens peuvent également se recentrer sur leur santé et leur bien-être. "Ils peuvent apprécier d'être chez eux et ainsi devenir résistants et plus forts,  à cause de cette pandémie actuelle. En tant que nation souveraine, nous, les Navajos,  devons faire de notre mieux pour protéger les anciens.Nos aînés nous sont précieux», a-t-il déclaré. «Quiconque a encore un tout petit peu de conscience devrait par dessus tout protéger nos aînés et les plus vulnérables.» Le père de Clayson, le Hataalii (medicine-man) Jones Benally, se souvient de ces événements passés. Il reste vigilant, et préparé.

"C'est exactement pour cela que mon père a gardé nos moutons, nos vaches, et nos chevaux, rappelle Clayson. "La situation actuelle, ce sont nos Anciens qui nous ont préparé à la dépasser. Dans notre famille, nous avons la chance de ne pas avoir vendu nos animaux, car maintenant,  nous sommes tous dans une situation où cela pourrait bien être notre bouée de sauvetage. Pour nous, la culture traditionnelle Navajo a toujours fait partie du système de santé. Avant qu'il n'y ait des hôpitaux, il y avait des guérisseurs traditionnels. Notre mode de vie est basé sur la prévention - nous vivons en connexion avec la terre, nous vivons depuis des millénaires tout près de la nature."


Et Eugenia Charles-Newton, juriste, du Conseil de la Nation Navajo déclara qu'elle avait décidé de s'isoler pendant 14 jours. Elle dit que c'est à la protection des aînés qu'elle pense le plus et qu'elle a une grande confiance dans les praticiens traditionnels qui, à présent,  prennent les mesures nécessaires pour organiser des cérémonies de protection. Charles-Newton disait que les aînés recommandaient de manger du mush, la bouillie traditionnelle de maïs bleu avec des plantes. Sa grand-mère avait l'habitude de dire que si nous ne prenons pas soin de la Terre-Mère, il y aurait des conséquences, car la Terre est un organisme vivant, elle essaierait de rétablir l'équilibre. "Je me souviens que les anciens parlaient de quelque chose qui allait être dans l'air et qui allait infecter les éléments. Ils disaient que la maladie allait être dans l'air. Nous avons nos savoirs traditionnels - et les anciens nous ont dit que, un jour,  nous devrons tous nous réunir et partager nos connaissances, puis nous tourner vers la terre et vers la nature pour nous guérir.»


Emery Denny le fils du célèbre Hataali ( Medicine-man) Avery Denny, déclara «K'é va être notre force»

Son grand père lui disait que l'on ne devrait jamais nourrir la peur, car c'est ce qui la fait grandir. «Ne nourrissez pas la peur des coronavirus», a déclaré Denny. "Au lieu de cela, priez . Je pense que nous dépendons beaucoup trop du système économique,  et cela fait bien longtemps qu'il n'a pas été perturbé comme maintenant. Ceux qui ne se sont pas préparés sont complètement paniqués.  En raison de notre dépendance à l'économie de marché et aux supermarchés, de nombreux Navajos ont cessé de planter leurs champs de maïs et de cultiver leurs légumes, a-t-il déclaré. "Il n'y a pas si longtemps, nous étions tous économiquement, physiquement et spirituellement autonomes, et donc nous ne vivions pas dans la peur."

Il encourage tout le monde à revenir aux bases et à ce qu'ils savent déjà, y compris T'áá hwó ají t'éego et K'é.


T'áá hwó ají t'éego signifie : tu peux le faire, cela ne tient qu'à toi, et K'é, c'est la force de la communauté authentique.


"Dans cet avenir qui nous attend, K'é va être la plus grande richesse, et K'e va être notre force", a déclaré Denny.


Traduction d'après :   https://navajotimes.com/ae/community/surviving-the-coronavirus-crisis-dine-perspectives/

(c) Rima Krisst 2020 : https://navajotimes.com/author/rkrisst/

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