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Buck Navaho, le dernier Hataałi de Naatsis'áán

Mis à jour : il y a un jour





Buck Navaho by Krista Allen (c) Navajo Times

Pour les Navajo, le cheval est la première médecine. Les chevaux sont des êtres sacrés, et à ce titre ils interviennent dans les pratiques de guérison. A Naatsis'áán , la Tête de la Terre, au Nord de la réserve Navajo, en Utah, il y a encore quelques années, il n'y avait pas de route goudronnée. Le premier moyen de déplacement, c'était le cheval. Voilà un témoignage poignant d'un des derniers Medicine-men en activité dans cette région, que Sylvain Gillier a rencontré en Septembre dernier chez lui, dans son Hogan, grâce à Marie Cayol.


Ci-dessous, une interview sur Buck Navaho, Medecine-man et Hataałi , réalisée par Krista Allen pour le Navajo Times et traduit par Marie Cayol. L'interview est parue dans la revue ' De Pierre et de Sable "Indianités" de Pierre et Marie Cayol


"Buck Navaho est assis sur son lit dans la fraîcheur de son Hogan, un samedi après-midi torride. Il porte un t-shirt bleu à manches longues, un pantalon de pyjama, et des chaussettes désaccordées.  Généralement, Navaho reçoit des patients venu le visiter, mais cet après-midi là, il est libre. Il montre une vieille chaise, comme on en trouvait autrefois dans les salles de classe des pensionnats, et il dit "Nidáah - Asseyez-vous". 

"J'ai 94 ans", commence Buck en Diné Bizaad - en langue Navajo, "je suis Ashiihi -  du clan du sel. Je ne suis jamais allé à l'école assez longtemps pour apprendre l'anglais, c'est pour cela que je ne parle que le Navajo. Je parle aussi Bayoodzin ( le Paiute) et  un tout petit peu l'espagnol."

 Il rit en frappant dans ses mains et demande quel langage les reporters préfèrent qu'il parle. C'est un honneur de rencontrer Buck Navaho, le fils du dernier Hataałi -  chanteur de la région, Dick Navaho, mort en avril 1957, à l'âge de 107 ans selon ce que l'on dit . La vie de Buck Navaho s'étend sur près d'un siècle au cours duquel on a connu des Hataałi chanteurs Navajo aussi célèbres que Billie Holiday ou John Holiday, célèbres dans tous les environs. Alors qu'il était encore un jeune homme, Buck a passé des heures et des heures à étudier dans le sillage de ces hommes médecine,  et de bien d'autres qui connaissaient les prières et les chants sacrés, les accompagnant lors de si nombreuses réunions dans le Hogan à Navajo Mountain.

Navaho nous dit qu'il a appris ces prières et ses chants parce qu"ils raisonnaient en lui avec tant de force qu'il lui donner vie et le stimulaient. Et, aujourd'hui encore, ses chants et ses prières l'habitent intensément.

Il avait à peine trente ans quand il a été initié à Niltsa Wokeed, la cérémonie pour obtenir la pluie,  par un homme qui était très réputé et qui était souvent appelé pour obtenir la pluie salvatrice. À ce moment-là, il a eu la grande chance de participer à ses cérémonies en tant qu'assistant. Pour sa première cérémonie, la pluie est tombée, et tout le monde lui en a été reconnaissant. Buck est profondément attaché à Naatsis'áán "la tête de la terre-mère", où le corps de son père est enterré. Dernier chanteur vivant dans cette région du Sud de l'Utah, sur la Réserve Navajo, sa mémoire est sans faille et son esprit garde toute sa vivacité et son mordant. En plus du rituel pour la pluie, il est spécialisé dans les cérémonies de Akéshgaanji pour les maladies de pied, Na'at'oli bi' áábihoxchoji , la cure de l'alcoolisme, et beaucoup d'autres. Il connaît les rudiments des douze cérémonies principales, et aussi Nááts'iilid,  la prière de l'arc-en-ciel. "Je peux toujours me rappeler les paroles de ces chants", nous dit-il. 

Et les patients viennent encore me voir, même aujourd'hui avec mes 94 ans

Quand il disparaîtra, il n'y aura plus de Hataałi  chanteur dans cette région. Alors, qui fera venir la pluie pendant les sécheresses? Qui racontera les histoires de Tsénani'á ,  l'arche naturelle de Rainbow Bridge, le pont de l'arc-en-ciel d'où, selon l'histoire,  le premier panier rempli d'eau a pris son origine ? Et les histoires des fleuves tout proches, le Colorado, la rivière San Juan, et les histoires des quatre montagnes sacrées ? Navaho dit que ces histoires contiennent un véritable pouvoir, car ce sont des prières sacrées. On ne peut pas les raconter comme ça, sans y prêter attention, car elles viennent des Diyin Diné, des divinités elle-mêmes. Lui-même, Buck, a appris ces histoires de son père et de Robert Sombrero, un Hataałi chanteur qui les lui a apprises tout en lui transmettant une profonde connaissance et toutes les perles de sagesse qu'elles contiennent. Oui, il le répète, il les a toutes apprises de son mentor, Sombrero. "Je les ai tout apprises, ces histoires, et elles sont toutes absolument vraies", ajoute-t-il.

Mais Niltsa Wokeed, la cérémonie pour obtenir la pluie,  est une pratique ancienne et très peu de chanteurs possédaient ce don autrefois. Aujourd'hui, c'est encore moins le cas, avec la perte des vocations, et Navaho est l'un de ceux qui a gardé ce dont, un don il peut utiliser seulement au commencement de l'été ou dans une situation urgente, dans le cas d'une sécheresse extrême. Le discours de Buck est tranquille et même lorsqu'il s'exprime sur des questions d'un haut niveau spirituel, c'est toujours avec humour. Il est un exemple de persévérance pour toute la communauté de Navajo Mountain. Il regrette que les jeunes, ici, subissent tellement de pression de la part du mode de vie moderne occidental et ne veulent plus apprendre les histoires et les prières traditionnels qui sont pourtant à la base de la culture Navajo. 

"Quand j'ai commencé mon activité, les familles, ici, élevaient des centaines de moutons et de chèvres. Les gens se déplaçaient à cheval ou en carriole, utilisaient  la Tachééh, la hutte de sudation pour se purifier et ils faisaient eux-mêmes leurs propres mocassins. Il n'y avait pas de route goudronnée, il n'y avait pas de magasin pour acheter de quoi manger. Aussi, nous faisions pousser nous-même le maïs, notre nourriture de base, et nous avions aussi des vergers avec des pêchers sauvages. À cette époque, il n'y avait pas d'hôpitaux, aussi il y avait beaucoup de chanteurs qui pratiquaient et la médecine et les différents art de soigner. Cela a été comme ça jusqu'à ce que les américains arrivent et implantent des Trading Post, des comptoirs d'échange,  un peu partout. "

Sa fille, Lena précise que le père de Buck voulait qu'il aille à l'école à Tuba City. Un jour, il l'y a emmené à cheval, et cela leur a pris trois jours pour aller là-bas. Mais Buck n'est pas resté longtemps à l'école. Avec des amis, ils se sont échappés du pensionnat et se sont cachés dans les profonds canyons près du lac Powell, là où on ne risquerait certainement pas de les trouver. "On m'a dit que je m'étais mal conduit", dit Navaho, en évoquant les histoires de sa jeunesse. "Peut-être, j'ai été irresponsable... mais j'ai appris à nager dans le grand lac"...

Buck Navaho nous remercie de lui avoir rendu visite. Il chante un chant de la montagne - Dzil Biyin - en guise de bénédiction  et quand nous quittons le Hogan au pied de Naatsis'áán, il nous souhaite Są'a Naghái Bik'e Hózhǫ́ , d'être toujours bien, dans la paix et l'harmonie.


Avec les remerciements de Cheval Communication à Marie et Pierre Cayol pour les moments passés avec Buck et pour la traduction de cette interview exclusive.


Marie et Pierre Cayol sont les auteurs de nombreux livres d'art sur les Navajo et les Apache. Par exemple, le livre d'art " Navajo Mountain" . Pierre est un artiste hors du commun. Marie restitue si finement l'ambiance particulière de la Réserve Navajo. C'est un honneur pour nous de les connaître.